«
Pourquoi note-t-on la danse ? Que signifie
"noter la danse" ?
La
notation Laban est à mon sens la
seule qui parte directement du mouvement et qui
possède un même signe pour exprimer
conjointement le temps et l'espace.
Laban,
danseur et chorégraphe, est parti de
l'observation de l'humain pour dégager
quelques concepts de base comme la
verticalité, la symétrie du corps
et le sens de la progression.
Le
mouvement humain est complexe par essence ; il
était donc nécessaire de revenir
aux principes fondamentaux du geste. C'est ce
qu'il fit.
« Avec
la notation Laban on transcrit le moindre
déplacement visible, même infime.
Mais on ne peut noter que ce que l'on voit,
quelque chose qui a un début et une fin
et qui se reproduit lorsque la pièce est
redansée.
Il n'y a
pas que la forme qui s'inscrit dans ces petits
signes : dès que vous utilisez un symbole
qui rend compte aussi bien de la vitesse que du
transfert de poids, la "couleur" du mouvement
apparaît.
Mais
attention, on ne note pas ce que le danseur doit
penser quand il danse !
Comme pour la musique, l'interprète
s'imprègne du texte, le digère,
puis le joue ou le danse.
Lorsqu'une de mes élèves remonte
quelques minutes d'un solo de Ruth Saint-Denis,
je lui rappelle toutes ces années qui la
sépare de la création.
Elle est une personne d'aujourd'hui : elle
investira donc dans l'uvre sa propre
mémoire, son héritage
personnel.
Une chose
est cependant acquise, c'est le squelette du
mouvement, précis et sans
ambiguïté.
La
comparaison avec la musique s'impose, tous les
interprètes n'écrivent pas des
symphonies, mais tous savent lire une partition
et peuvent, ce faisant, hériter de toutes
les musiques et danses éditées.
» (Cahier du Renard n°14
1993)
Noter la
« danse libre » de
Jacqueline Challet-Haas
La
danse, quel que soit son style, a la
réputation tenace d'être
intransmissible autrement que de « corps
à corps », par imitation directe et
orale. Lorsqu'il s'agit des courants de la danse
« libre » apparue dès l'aube du
XX° siècle, la certitude de cette
intransmissibilité n'en est que plus
forte, dans la mesure où, par son essence
même, cette danse « libre » ne
veut se référer à aucun
« code précis ».
Chaque
style de danse requiert de ses praticiens une
analyse rigoureuse pour en comprendre les
sources et mécanismes fondateurs. Ce
n'est pas un des moindres mérites de
Suzanne Bodak d'avoir mis toute sa passion pour
analyser et analyser encore ce style qui fait
partie d'elle-même, dont il fallait
qu'elle devienne spectateur pour en mieux
trouver les profondeurs enfouies dans son corps
et ensuite les traduire sur le papier,
grâce à son apprentissage de la
Cinétographie Laban.
La
transcription d'une danse en signes s'apparente
à ce processus et demande beaucoup de
sensibilité et de savoir-faire.
L'apport
de Karin Sunke, grâce à ses
merveilleuses qualités
d'interprète, étayées par
un solide esprit d'analyse a été
essentiel : il a permis la confrontation de deux
regards qui a enrichi et « peaufiné
» la notation des exercices d'étude
et des quelques chorégraphies
consignées dans cet ouvrage.»
«
Mémoire vive d'un héritage
»