«
Pour danser
Il
faut avoir entendu la clameur de joie pure des
hommes, le chant et le vol des oiseaux, le cri
de l'aigle ivre de liberté, prêt
à plonger dans l'abîme.
Il
faut avoir vu le premier sourire des enfants,
s'ouvrir les fleurs au matin, pousser les
arbres.
Il
faut avoir vu mourir.
Il
faut avoir respiré l'air après
l'orage, goûté et senti la
fraîcheur de la rosée, sous ses
pieds et sur le corps nu.
Il
faut avoir intercepté le mouvement de la
flamme et des vents, le mouvement des grandes
forêts du Nord, des palmiers dans les
oasis du Sud.
Il
faut avoir écouté le silence des
steppes sous la neige, du désert au clair
de lune.
Pour
danser
Il
faut avoir suivi le mouvement lent au fond des
fontaines, celui des torrents et des
rivières, de la mer aux
équinoxes.
Pour
danser
Il
faut avoir compris le long mouvement de
balancier des marées, senti circuler la
sève dans les racines, le tronc, les
branches jusqu'aux feuilles, erré par
mille chemins et sentiers, dans les montagnes et
les plaines, dans le désert et les
prés.
Pour
danser
Il
faut avoir chevauché dans les brumes et
sous le soleil, avoir senti bouillonner sa
propre sève et la joie saine de
vivre
Pour
danser, pour vivre, il faut être
vrai.
Être
vrai, c'est bannir les conventions,
répudier les principes courants, se
laisser guider par son inspiration et son
instinct, être logique envers chaque chose
et envers soi-même, être en
règle avec sa conscience.
Danser,
c'est vivre, mais c'est encore autre chose :
c'est vivre mieux, c'est parler la Vie
».
François
Malkovsky
Écrit
pour la revue naturiste « Vivre » en
1926 puis publié par le critique Robert
Charroux dans Paris Spectacle en
1937.
Extrait de
« Mémoire
vive d'un héritage. La danse libre de
François Malkovsky
»
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