Malkovsky
veut
une danse qui transforme par le mouvement, une
danse sans le vernis de la société
moderne.« De même qu'un cheval de
cirque ne peut irradier la liberté et la
grâce d'un pur-sang, de même un
danseur ne peut par ses seuls entrechats,
exprimer des émotions humaines pures et
dignes ».Il ne veut pas d'une danse de
divertissement : la danse n'est pas faite
pour distraire.
«
Danser, ce n'est pas combiner des entrechats et
des envolées... Ce n'est pas se
présenter sur une scène à
10h45 précises et dérouler le
savant numéro réglé au
métronome. Tel est le but de ces danseurs
dont le souci n'est que de plaire, charmer,
rehausser l'éclat de leur petite
personnalité... L'artiste quel qu'il soit
n'a pas l'ambition de plaire, mais d'exprimer
des émotions nobles, d'atteindre les
hautes cimes de l'Art.»
Pour Malkovsky l'homme moderne a perdu la
capacité de se mouvoir, a perdu son
savoir cinétique.
« L'homme moderne perd son
équilibre, ses facultés. Il n'a
pas su conserver ses mouvements comme un chat
»
Malkovsky veut un retour aux sources, il le
trouvera dans les gestes des travaux d'autrefois
et dans la nature.En 1937, Malkovsky
écrira :
« Le mouvement est UN, dans les travaux,
le sport et la danse »
« Le plus
merveilleux des langages... c'est la danse,
aristocratie du geste courant ».
Rudolf
Laban dans « La maîtrise du mouvement
» écrira à la même
époque : « Il n'y a pas d'opposition
entre un geste de travail et un mouvement
dansé ».
En
1926 Malkovsky fait part de sa recherche :
J'ai
cherché de tout mon être à
saisir le rythme puissant et mystérieux
du cosmos. J'ai cherché à voir en
regardant, à entendre en écoutant.
J'ai cherché à saisir le secret de
la divine simplicité que j'ai senti se
dégager de l'harmonie universelle : des
vents qui soufflent, des arbres qui poussent,
des rivières qui coulent, de la terre qui
respire, de la glorieuse lumière du jour
qui réchauffait mon corps et
pénétrait mon âme...et j'ai
pu comprendre comment est née la
Danse
Ainsi, les mouvements et la danse de
Malkovsky supposent un préalable : avoir
déposé dans sa mémoire, au
plus profond de soi-même des
expériences de fusion avec la Nature.
Puis, à travers le présent du
mouvement, être capable de laisser surgir
cette mémoire enfouie dans le corps.
D'où l'expression si chère
à Malkovsky : « identifiez-vous
».
Être capable de laisser surgir la
matière de ces expériences
antérieures, non en mots et en images,
mais en états de
corporéité.
Être capable de transformer les souvenirs
en matière de mouvement. De cette
alchimie intime naîtrait l'âme du
mouvement.
Toute
sa vie Malkovsky dira :« Loin de nous
les mouvements des marionnettes sans
âme.
Cette danse qui n'appartient qu'à
lui, Malkovsky la présentera sur
scène et l'enseignera.
La théorie sur laquelle Malkovsky fonde
son nouvel art se nourrit de philosophie
grecque. Il se réfère à
Platon et à sa conception du Beau :
« L'art est la splendeur de la
vérité »
« Cherchez
le Vrai et vous trouverez le Beau
».
Malkovsky
défendra le « vrai » en
cherchant à définir l'exactitude
dans sa théorie du mouvement.
« Ce n'est qu'en cherchant l'exactitude,
que l'on trouve le rythme de la vie continue
dans les mouvements humains, la grâce et
l'harmonie ».
L'enseignement
de Malkovsky sera une méthode non-verbale
de connaissance de soi. Trouver son
centre, aucune discipline verbale ne peut
réveiller le centre de l'être. Le
mouvement est une aide pour devenir ce l'on
est.
Malkovsky ne cessait de répéter
: « Aucun Maître ne peut rien nous
apprendre si ce n'est nous montrer le chemin qui
mène à la connaissance de soi
».
Il
propose le mouvement pour vivre l'instant, se
connaître, devenir ce que l'on est, sans
imiter personne. Georges Pomiès
écrira dans Propos sur la danse en 1930 :
« La Danse ne crée que l'individu
elle est la plus efficace méthode de
l'évolution humaine »
Malkovsky
initie une transformation qui implique
l'être total : « physique,
mental, émotionnel et spirituel
». Corps et esprit ne font qu'un.
L'épanouissement de soi est en même
temps l'épanouissement de la vie du
corps. Le corps est « l'image de
l'âme. Le corps porte l'empreinte des
forces intérieures qui l'animent
».(Sédir)
La
théorie de Malkovsky se nourrit aussi de
philosophie orientale, le Tao. Cette phrase de
Lao-Tseu, parmi d'autres, pour susciter des
qualités de mouvements :
«
Vaincre sans lutter, Convaincre sans parler,
Faire venir sans appeler,
Réaliser dans la
sérénité.
»
Malkovsky
donne corps à ses pensées. Il
élabore entre 1920 et 1940 une
adéquation entre sa philosophie de la vie
et une nouvelle danse.
Il dansera et enseignera une danse porteuse de
« valeurs » ; celles-ci fondent les
structures dominantes de ses « mouvements
de base » et de ses «
chorégraphies ».
Texte
extrait de
« Mémoire vive d'un héritage,
la danse libre de François Malkovsky